Depuis 1960, la part des dépenses consacrées aux articles d’habillement et de chaussures a diminué de plus de moitié dans le budget des ménages : le volume des achats et leur prix ont moins progressé que ceux des autres postes de consommation. Avec l’ouverture du commerce extérieur depuis vingt ans, les importations de vêtements ont fortement progressé, essentiellement celles en provenance d’Asie. Cet essor a contribué, sur le territoire national, à la diminution continue de l’activité et de l’emploi dans la branche de l’habillement. La baisse du prix des importations a en revanche permis de réduire les prix à la consommation, surtout depuis 2000. En moyenne, les Français consacrent à leurs achats de vêtements et de chaussures une part de leur budget moindre que les autres habitants de l’Union européenne.
La part des articles d'habillement et de chaussures dans le budget des ménages a diminué de moitié en 45 ans
En 2006, la dépense moyenne par habitant a été de 616 euros pour les vêtements et 135 euros pour les chaussures. Les ménages ont dépensé 39 milliards d’euros en articles d’habillement et 8 milliards en chaussures, soit 47 milliards au total. La part de ces dépenses dans le budget des ménages a diminué de plus de moitié en 45 ans : elle en représente 4,7 % en 2006, contre 11,8 % en 1960
Cette baisse s’explique essentiellement par une croissance des volumes achetés moindre que celle des autres postes de consommation. Ainsi, entre 1960 et 2000, les volumes ont augmenté deux fois moins vite que ceux des autres postes de consommation : l’écart est de 1,4 point par an en moyenne.
Avec l’élévation générale du niveau de vie en France, la part budgétaire consacrée aux dépenses de première nécessité diminue : à mesure que leur revenu croît, les ménages n’augmentent pas, à due proportion, leurs achats en articles d’habillement et de chaussures. Cette explication doit néanmoins être nuancée : dès les années 1960, la demande d’habillement ne correspondait souvent plus seulement à un achat de première nécessité. Les phénomènes de mode vestimentaire se sont imposés à grande échelle au cours des Trente Glorieuses, mais ne suffisent plus aujourd’hui à soutenir une demande de plus en plus saturée.
Des articles relativement moins chers qu’il y a 45 ans
Si la dépense de vêtements et de chaussures a une part plus faible dans le budget des ménages, c’est aussi parce que leurs prix ont augmenté moins vite que l’inflation d’ensemble (0,4 point de moins par an en moyenne entre 1960 et 2000). En 45 ans, les baisses des volumes et des prix relatifs résultent sans doute aussi d’une profonde évolution de l’offre. Les circuits de distribution se sont transformés : les hypermarchés et les supermarchés généralistes sont apparus ; la distribution s’est concentrée avec le développement des chaînes d’enseignes et les grandes surfaces spécialisées. Dans le même temps, les importations de vêtements et de chaussures se sont progressivement imposées, notamment celles en provenance des pays à faible coût de main-d’œuvre. Elles ont été favorisées par l’internationalisation des échanges et l’ouverture du commerce extérieur
Depuis 2001, les prix relatifs de la consommation de vêtements et de chaussures ont ainsi diminué trois fois plus vite qu’auparavant : − 1,4 % par an en moyenne jusqu’en 2006. Le volume d’achats a continué d’augmenter à un rythme plus faible que les autres dépenses. L’écart de croissance (− 0,8 point par an) est moins important qu’avant 2001 (− 1,4 point par an).
Depuis 20 ans, les importations se sont accélérées avec l’ouverture du commerce extérieur
Avec la concurrence des pays émergents (Asie, Maghreb…) aux coûts de production très avantageux, un certain nombre d’activités ont été délocalisées. Ainsi, les importations représentent près de 40 % des ventes d’ habillement et de cuir en 2006, contre 2 % en 1960 (graphique 1). De 1960 à 2000, cette part a augmenté de 0,8 point en moyenne par an, puis elle a progressé à un rythme plus modéré (+ 0,6 point en moyenne). Si cette part augmente, c’est surtout parce que des prix avantageux stimulent le développement des volumes d’importations.
La hausse a été continue avec quelques moments clés : en 1987, après l’abaissement des droits de douanes et la réduction des quotas sur l’habillement en 1986 ; en 1996 et 1997, à la suite des accords de Marrakech et de l’essor des importations en provenance de l’Europe de l’Est, puis en 2005, année du démantèlement des quotas (encadré 1). Depuis 2000, la Chine est devenue le premier fournisseur d’habillement de la France (en valeur). Son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) puis la levée progressive des quotas lui ont permis de bénéficier un peu plus de l’ouverture du commerce à son égard. En 2006, elle est suivie par l’Italie, la Tunisie, le Maroc, la Turquie et l’Inde.
L’activité et l’emploi de la branche habillement et cuir ont chuté de façon continue
En 45 ans, les volumes importés ont fortement augmenté, se substituant essentiellement à la production nationale. En 1960, la valeur de la production française représentait 70 % des ventes totales d’habillement et de cuir, elle n’en représente plus qu’un quart en 2006 (soit − 1,0 point par an en moyenne). Si la part de la production nationale chute, ce n’est pas seulement à cause de l’essor des importations. C’est aussi parce que les marges commerciales augmentent. D’une part, les industriels et les entreprises commerciales recourent de plus en plus à la sous-traitance étrangère, ce qui entraîne souvent une substitution entre production nationale et marges commerciales. D’autre part, les entreprises commerciales ont vraisemblablement eu la possibilité d’augmenter leur taux de marge sur l’ensemble de la période, malgré des ventes relativement peu dynamiques.
En 45 ans, la production nationale a ainsi augmenté moins rapidement (+ 3,9 % en moyenne par an, en valeur), que les marges commerciales (+ 7,1 %) ou les importations (+ 13,1 %). La valeur ajoutée de la branche a donc augmenté de 3,8 % par an, en valeur, sur un rythme nettement inférieur à celui des autres activités de l’économie (+ 8,4 %). La part de la valeur ajoutée dans celle de l’ensemble de l’économie est ainsi passée de 1,9 % en 1960 à 0,3 % en 2006. Sur l’ensemble de la période, compte tenu de l’évolution des prix, la valeur ajoutée de cette branche est quasi stable en volume (− 0,1 % par an) : elle s’était accrue de 2,9 % en moyenne annuelle jusqu’en 1980, mais elle a baissé de 2,4 % par an depuis. Du fait des gains tendanciels de productivité dans cette branche, comme dans les autres branches industrielles, l’emploi a été fortement affecté. Il a reculé de 4 % par an en moyenne entre 1960 et 2000 (graphique 2), passant de 670 000 personnes à 140 000. La baisse s’est accentuée depuis 2000 (− 8 % par an), l’effectif s’établissant à 85 000 en 2006.
Bien que la part de la production nationale ait baissé dans les ventes totales, les exportations en volume ont été dynamiques entre 1960 et 2006 : + 5,4 % en moyenne par an. Comme pour les importations, ces bons résultats s’expliquent pour partie par le développement de la sous-traitance et l’ouverture du commerce. Ils proviennent aussi de la vitalité de l’industrie du luxe, une activité dévolue aux produits haut de gamme.
La baisse des prix des articles importés a permis de contenir les prix à la consommation
De 2001 à 2006, le prix des vêtements et des chaussures importés, corrigé de l’inflation globale, a baissé plus rapidement qu’auparavant : − 3,5 % par an, contre − 1,6 % entre 1960 et 2000.
Cela a contribué à réduire de l’ordre de 1,5 point par an l’évolution des prix à la consommation de ces produits, soit un effet bénéfique d’environ 0,1 point par an sur l’inflation globale, et augmentant par voie de conséquence le pouvoir d’achat des ménages résidents. D’un point de vue comptable et macroéconomique, cet effet bénéfique sur les prix contrebalance l’impact négatif sur le pouvoir d’achat que représente la baisse de la masse salariale dans cette branche d’activité depuis 2000.
En volume, les importations d’habillement et de cuir ont augmenté de 5,2 % en moyenne annuelle sur la période 2001-2006. C’est presque deux fois moins vite que sur les 40 ans passés. La structure des produits mis sur le marché a en effet été modifiée au profit des vêtements moins chers, mais aussi souvent de moindre qualité, ce qui a influé à la fois sur les prix et sur les volumes (encadré 2).
Les Français consacrent à l'habillement une faible part de leur budget
En 2006, au sein de l’Union européenne à 27, les dépenses en articles d’habillement et de chaussures se sont élevées à 376 milliards d’euros : 95 % de ces dépenses provenaient des pays de l’ex-Union européenne à 15 et 5 % des 12 pays membres les plus récents. Le consommateur français a dépensé en moyenne 751 euros, un montant proche de la dépense du consommateur européen moyen (767 euros). Cette dépense est une fois et demie plus faible que celle de l’Italien (1 174 euros) ; mais elle est quatre fois plus élevée que celle du consommateur moyen des 12 derniers entrants dans l’Union (196 euros). Lorsque l’on rapporte le budget en vêtements et chaussures au montant total de la consommation, les Français se situent en revanche légèrement en dessous de la moyenne de l’Europe des 27 : 5 % de leur budget est consacré à ces articles en 2006 (graphique 3), contre 6 % du budget du consommateur européen moyen.
Ce résultat s’explique essentiellement par le fait que les prix de l’ensemble habillement et chaussures en France, relativement aux prix des autres postes de consommation, y sont parmi les plus faibles de l’Union. Au contraire, pour les pays scandinaves, la part budgétaire plutôt faible (5 % en Finlande, 6 % en Suède), s’explique par de moindres dépenses en volumes d’achats, relativement aux autres postes de consommation.
Au Royaume-Uni, la part de l’habillement et chaussures dans le budget des ménages est assez élevée, du fait de volumes relatifs importants, les prix relatifs y étant plutôt faibles. Ce sont les Italiens et les Portugais qui semblent attacher le plus d’importance à leur apparence vestimentaire : ils consacrent 8 % de leur budget à des dépenses de vêtements et de chaussures, en raison de volumes achetés relativement plus élevés.
En revanche, dans la plupart des pays d’Europe centrale, ces parts sont beaucoup plus faibles (entre 3 % et 4 %). Les prix relatifs y sont en effet élevés et les volumes relatifs achetés beaucoup plus faibles que dans les autres pays de l’Union.
INSEE