Les immigrés sont plus exposés au chômage que le reste de la population, les femmes immigrées étant en outre moins souvent présentes sur le marché du travail. Ceci est en partie dû à un manque de qualifications. Toutefois, des écarts subsistent à niveau de diplôme équivalent. Ils sont plus marqués pour les diplômés du supérieur. Les qualifications des immigrés, lorsqu'elles existent, bénéficient rarement d'une reconnaissance formelle en France, sauf pour les diplômés du supérieur. Les immigrés éprouvent souvent des difficultés avec la langue française, même si cela ne constitue pas forcément une gêne pour travailler. Les immigrés ayant un emploi se sont souvent appuyés, pour le trouver, sur leur réseau relationnel. Une minorité d'entre eux fait état de discriminations d'ordre professionnel. Ce ressenti est plus fréquent pour ceux qui sont originaires d'Afrique subsaharienne.
Des difficultés d'accès à l'emploi
En 2008, selon l'enquête emploi, parmi les personnes âgées de 18 à 74 ans, près d'une sur dix est immigrée, c'est-à -dire née à l'étranger sans avoir la nationalité française à la naissance. Les immigrés d'implantation ancienne sur le territoire (avant 1974) sont souvent venus en France pour y travailler et sont en grande majorité originaires d'Europe et du Maghreb (encadré 1). Dans les vagues d'immigration plus récentes, l'Asie et l'Afrique subsaharienne ont un poids plus important. Au fil du temps, les raisons de migration ont changé et, depuis 1974, elles ont essentiellement trait à des motifs familiaux.
Près de 30 % des immigrés sont arrivés avant l'âge de 18 ans, souvent en accompagnant un membre de leur famille. Dans la présente étude, on se restreint aux personnes arrivées après l'âge de 18 ans, qui sont susceptibles de rencontrer des obstacles spécifiques vis-à -vis de l'emploi.
Aujourd'hui, les immigrés travaillent plus souvent que les non-immigrés dans des emplois peu qualifiés (38 % de ceux qui ont un emploi sont ouvriers ou employés non qualifiés contre 19 % pour les non-immigrés) et rencontrent des difficultés pour accéder à un emploi ou s'y maintenir. En 2008, 57 % des immigrés de 18 à 64 ans, arrivés en France après l'âge de 18 ans, ont un emploi contre 69 % des non-immigrés. Les immigrés, hommes comme femmes, sont plus touchés par le chômage que les non-immigrés (tableau 1). De plus, les femmes immigrées sont moins nombreuses à avoir un emploi ou à en chercher un : leur taux d'activité est beaucoup plus faible que celui des femmes non immigrées. Cela concerne tout particulièrement les femmes originaires du Maghreb et d'Asie (Turquie incluse), alors que les femmes originaires d'Europe et d'Afrique subsaharienne ont des comportements d'activité plus proches de celui de femmes non immigrées.
Ces difficultés d'accès au marché du travail sont en partie dues à un manque de qualifications. Près de la moitié des immigrés ont un diplôme de niveau enseignement primaire ou aucun diplôme, contre un sur cinq chez les non-immigrés. En revanche, un quart des immigrés ont un diplôme de l'enseignement supérieur ; proportion identique à celle des non-immigrés. Toutefois, les différences de qualifications n'expliquent pas tout l'écart en termes d'insertion sur le marché du travail. Ainsi, pour un même niveau de diplôme, un écart important subsiste en défaveur des immigrés en matière d'exposition au chômage. Cet écart est faible pour les niveaux de qualification les plus bas ; il est très élevé pour les diplômés de l'enseignement supérieur.
Faire reconnaître ses qualifications : une option surtout choisie par les très diplômés
Parmi les immigrés arrivés après 18 ans et ayant suivi des études, seuls 13 % ont obtenu leur plus haut diplôme ou leur plus haut niveau de qualification en France. Des démarches, auprès d'un rectorat d'académie par exemple, peuvent permettre d'obtenir une reconnaissance formelle des études menées à l'étranger ou du diplôme acquis. Néanmoins, seul un immigré sur dix a fait ce type de demande. La principale raison invoquée de l'absence de démarche est le manque d'utilité (tableau 2). Les immigrés diplômés du supérieur sont beaucoup plus nombreux à bénéficier d'une reconnaissance formelle de leurs qualifications. Ceci traduit le fait qu'ils ont plus souvent terminé leurs études en France et que l'utilité de faire reconnaître leurs diplômes apparaît plus grande.
Les difficultés avec la langue : fréquemment ressenties, pas toujours gênantes dans le travail
Seuls 16 % des immigrés comptent le français parmi leurs langues maternelles. Dans un peu plus de la moitié des cas, le français était également la langue la plus parlée au domicile (9 % des immigrés). 41 % des immigrés originaires d'Afrique subsaharienne et 21 % des immigrés originaires du Maghreb comptent le français parmi leurs langues maternelles. Pour les autres origines, la pratique du français pendant l'enfance est beaucoup plus rare : ce n'est le cas que pour 8 % des immigrés originaires d'Europe, 7 % de ceux originaires d'Amérique ou d'Océanie et 5 % des immigrés originaires d'Asie.
Parmi la très grande majorité (84 %) des immigrés pour lesquels le français n'est pas une langue maternelle, 33 % estiment avoir des difficultés à lire un journal en français. Ils sont 52 % à éprouver des difficultés à écrire une lettre en français. Ce sont les immigrés originaires d'Asie qui déclarent le plus de difficultés dans ce domaine (63 %). Cette part est également élevée pour les immigrés européens (56 %). À l'inverse, écrire une lettre en français ne pose aucun problème pour 62 % des immigrés originaires d'Afrique subsaharienne.
19 % des immigrés de 18 à 74 ans n'ayant pas le français parmi leurs langues maternelles se disent gênés par la maîtrise de la langue française pour travailler comme ils le souhaiteraient (qu'ils aient ou non un emploi). Cette part s'élève à 34 % pour ceux qui déclarent des difficultés pour écrire une lettre et 48 % pour ceux qui déclarent des difficultés en lecture. Elle est de 35 % pour les immigrés originaires d'Asie (graphique 1). À l'inverse, seulement 14 % des personnes originaires d'Afrique subsaharienne, 16 % de celles originaires du Maghreb et 17 % de celles originaires de l'Europe ressentent de telles difficultés.
Les immigrés récemment arrivés ont plus souvent suivi des formations
Parmi les immigrés n'ayant pas le français comme langue maternelle et signalant des difficultés de langue pour travailler, 41 % ont suivi une formation pour améliorer leur niveau de français dans les deux années suivant leur arrivée en France. Cette proportion est de 21 % pour ceux qui ne signalent pas de difficultés. Les immigrés arrivés sur le territoire dans les années 2000 ont deux fois plus souvent suivi une formation linguistique que ceux arrivés dans les années 1960 et 1970 (tableau 3), ce qui peut s'expliquer par le développement des formations linguistiques sur fonds publics, surtout à partir des années 1990 (encadré 2).
Le suivi d'une formation professionnelle dans les deux années suivant l'arrivée a également doublé entre les immigrés arrivés dans les années 1960 et les immigrés arrivés plus récemment. Depuis cette période, l'accès à la formation s'est du reste fortement développé pour l'ensemble de la population, immigrée ou non. Le recours accru des immigrés nouvellement arrivés aux services de l'emploi (publics ou privés) à partir des années 1980 peut s'expliquer tant par la montée du chômage que par la nature des flux migratoires. La diminution des flux pour motifs de travail, notamment à partir de 1974, s'est en effet accompagnée d'une baisse de la part des immigrés qui étaient déjà pourvus d'un emploi à leur arrivée.
Les réseaux relationnels pour trouver un emploi
Parmi les immigrés ayant un emploi en 2008, 41 % se sont appuyés sur des réseaux relationnels, famille, amis ou proches pour trouver cet emploi, contre 32 % pour les non-immigrés (graphique 2) ; 13 % sont passés par des agences publiques ou privées (agences d'intérim par exemple) tandis que les 46 % restants n'ont eu besoin d'aucune aide. Les immigrés originaires d'Afrique se distinguent par un recours assez fréquent aux agences de l'emploi, et pour ceux originaires du Maghreb, par une utilisation moindre des réseaux relationnels.
Les Africains jugent plus souvent avoir été victimes de discriminations à l'embauche
8 % des immigrés estiment qu'un emploi leur a déjà été refusé de façon injuste en raison de leur origine étrangère. Dans deux cas sur trois, ce refus a été précédé d'un entretien en face à face avec l'employeur. Ce sentiment est particulièrement fort chez les immigrés originaires d'Afrique subsaharienne (15 %), qui déclarent aussi plus souvent avoir déjà été traités de façon injuste par leur employeur, leur supérieur hiérarchique ou leurs collègues (14 % contre 9 % pour l'ensemble des immigrés ayant déjà eu un emploi en France). C'est aussi le cas, dans une moindre mesure, des immigrés originaires du Maghreb (11 % pour les deux types de discriminations ressenties). À l'opposé, ces deux sentiments se rencontrent plus rarement chez les immigrés originaires d'Europe et d'Asie.
INSEE
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vendredi 6 novembre 2009

